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Le « prof » Jaurès

10/04/2008 - Lu 6119 fois
par Gilles Candar
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Ce texte est la préface de Gilles Candar à l'anthologie de textes de Jean Jaurès, De l'éducation, Paris, Syllepse, coll. « Nouveaux regards », 2005, 306 p.


→ Consultez le sommaire et la postface de l'anthologie sur le site de l'Institut de la FSU.

Se procurer le livre chez Syllepse.

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Apôtre de la paix, tribun du socialisme, député de Carmaux, fondateur de L’Humanité, grand historien... Ce sont sans doute les qualificatifs qui viennent le plus souvent à l’esprit quand on évoque Jean Jaurès et qu’on cherche à caractériser par une formule le sens général de sa vie et de son action. Mais il fut aussi, et tout d’abord, un « prof », un enseignant fier de son métier et très attaché à répondre aux questions matérielles et morales, comme on disait alors, que pouvait poser l’exercice de la profession.

Reçu troisième à l’agrégation de philosophie en 1881, le jeune normalien – il n’avait pas 22 ans – fut affecté au lycée d’Albi. Il eut cinq élèves la première année, quatorze la seconde. Il donna aussi quelques mois un cours de littérature à l’École normale d’instituteurs d’Albi. Avouons que dans ces conditions nous ne sommes pas trop surpris d’apprendre que son proviseur saluait « le plus grand soin » avec lequel il corrigeait « toutes les copies de ses élèves »... De toute manière, Jaurès ne resta pas longtemps dans le seul enseignement secondaire. Dès 1883, il fut nommé chargé de cours à la faculté des lettres de Toulouse, où il enseignait la philosophie, trois heures par semaine, à une quinzaine d’étudiants de licence. Son service fut complété par un cours hebdomadaire de psychologie au lycée de jeunes filles, ce qui permettait d’améliorer très légèrement le modeste salaire du jeune professeur[1]. Services et effectifs du temps où émergeait à peine « la figure nouvelle » de l’étudiant, pour reprendre une expression d’Antoine Prost, l’historien de l’enseignement et de l’éducation de la France contemporaine. Au début des années 1880, les étudiants en lettres (au sens générique, ce que nous appellerions études littéraires et en sciences humaines) ne sont pas plus d’un millier au total en France[2].

Député du Tarn de 1885 à 1889, Jaurès revint à l’enseignement après son échec électoral et retrouva une délégation à la faculté de Toulouse, non sans une certaine chance, puisqu’il n’était pas titulaire de son poste, avec aussi le soutien actif du recteur, qui admirait le talent du jeune orateur, qui était également un ami et un républicain convaincu. En revanche, lorsqu’il fut élu député de Carmaux en janvier 1893, quelques mois seulement après la soutenance de ses thèses, il quitta cette fois définitivement le métier. Il sollicita certes, après son nouvel échec électoral de 1898, un cours libre sur « les principes du socialisme dans leur rapport avec les idées d’individualité, de moralité, d’art et de religion » auprès de la faculté des lettres de Paris, mais celle-ci le lui refusa en juillet 1898, par 21 voix contre 16 et 1 bulletin blanc[3]. La question de ces cours libres était très controversée, en outre le dossier de Jaurès était désormais celui d’un chef socialiste, non plus celui d’un ancien député somme toute gouvernemental, même si esprit libre et caractère indépendant. Beaucoup de choses avaient changé depuis 1889... Jaurès vécut alors du journalisme (direction de La Petite République, articles divers, par exemple dans La Revue socialiste) et de travaux éditoriaux (l’Histoire socialiste de la France contemporaine chez Rouff). En 1902, il retrouva son mandat de député qu’il devait conserver jusqu’à la mort.

Jaurès a donc enseigné, au lycée comme en faculté, pendant plusieurs années, sept et demie au total, un peu plus si on compte le stage au lycée Fontanes [actuellement Condorcet] qu’il avait effectué comme normalien. Ceux qui souhaitent savoir à quoi pouvait ressembler un cours de cette époque peuvent se reporter aux leçons du Cours de philosophie dicté – c’était ainsi ! – par Jaurès à ses élèves en 1882-1883. Des extraits significatifs en ont été donnés dans le tome 3, Philosopher à trente ans, des Œuvres de Jean Jaurès (Fayard, 2000), avec une présentation d’Annick Taburet-Wajngart, dans le cadre de l’édition de référence entreprise par Madeleine Rebérioux et la Société d’études jaurésiennes, et par ailleurs le cours vient d’être intégralement publié par un auteur-éditeur passionné[4].

Même lancé en politique « comme le canard va à l’eau » pour reprendre la formule célèbre de son cousin amiral, Jaurès resta professeur dans l’âme. Journaliste ou député, il intervint fréquemment sur les problèmes scolaires. Un de ses tout premiers articles, dans La République française fondée par Gambetta, porta ainsi sur les débuts de carrière des professeurs de philosophie, qu’il jugeait désavantagés par rapport à ceux des professeurs d’histoire... Syndicaliste avant la lettre, Jaurès demandait naturellement l’harmonisation par le haut ! [5] Jaurès avait été un enseignant qui aimait ses élèves. Tous les témoignages concordent sur ce point. Il parlait avec autorité, simplicité et bienveillance. Collègues, supérieurs et élèves l’appréciaient. S’il s’adressait lui-même à un public déjà instruit, il recommandait pour les élèves de l’école primaire l’apprentissage de la lecture comme principe primordial. Ce fut notamment l’objet d’un article célèbre de La Dépêche de Toulouse, repris dans cette édition et dédié « Aux instituteurs et institutrices » : « savoir lire vraiment sans hésitation, c’est la clef de tout ». Sa culture était façonnée par les classiques et il entendait bien en faire profiter tous les enfants de la République. Pour autant, il était ouvert et surtout sut s’ouvrir toujours davantage à de nouvelles formes de culture, aussi bien aux sciences et à l’enseignement professionnel qu’aux activités sportives et récréatives. Il fut loin d’ailleurs, reconnaissons-le, d’être le seul en la matière[6], mais il faisait partie de ces enseignants aussi novateurs que bons républicains. Il intervint sur des sujets précis, rappelant sa compétence passée, par exemple lors de la réforme du baccalauréat, lorsque se posa – déjà ? – la question de son organisation, de son éventuel remplacement par ce qu’on n’appelait pas encore le contrôle continu et que fut institué le livret scolaire. Jaurès s’exprimait alors avec une sage modération, en professionnel bienveillant, mais non laxiste. Il est tout de même à noter qu’il insistait sur les possibilités de relèvement : le livret devait être pour l’élève « un ami, jamais [...] un ennemi »[7].

Jaurès – les lecteurs le verront par eux-mêmes – était un enseignant qui avait confiance dans l’école. Mais cette confiance ne se contentait pas de souhaiter un développement seulement quantitatif avec reprise des mêmes méthodes et des moyens employés. Il fut très tôt partisan d’écoles laïques ouvertes par les communes pour pouvoir s’adapter aux conditions locales[8], mener à bien les expériences pédagogiques nécessaires et favoriser la participation des parents à la vie de l’école[9]. On vit aussi, mais plus tardivement semble-t-il, grandir son intérêt pour les langues régionales, le basque, le breton et les « langues méridionales » – le limousin, le languedocien, le provençal..., car l’occitan Jaurès ne cherchait pas à les amalgamer artificiellement – et il proposa qu’elles fussent enseignées à l’école[10]. Surtout, lui qui était passé avec facilité par toutes les arcanes du système de formation, exemple archétype de la réussite scolaire, se montra constamment favorable à la « liberté », à la « sincérité » de l’enseignement, méfiant devant tout ce qui était respect des rites, des formes, des observations pieuses et sans signification des programmes et des instructions officielles. Jaurès n’aimait guère les frontières, ni les interdits de toute sorte. On peut résumer ainsi sa pédagogie : « il faut apprendre aux enfants la facilité des passages et leur montrer par-delà la barre un peu ensablée toute l’ouverture de l’horizon »[11] .

Après son échec électoral de 1889, Jaurès concilia un temps activités professionnelles (l’enseignement, la préparation des thèses) et politiques (articles dans La Dépêche de Toulouse) en acquérant également un savoir-faire dans la gestion et l’organisation de l’enseignement. Il fut en effet sollicité par la municipalité de Toulouse pour aider à la constitution de l’Université régionale ainsi qu’au développement de l’ensemble des œuvres scolaires et éducatives. Cette demande ne posait aucun problème politique : ancien député, hors des « factions », déjà « socialiste » par son souhait de promouvoir des mesures favorables à la classe ouvrière, mais se situant pour l’heure plutôt dans la mouvance radicale s’il fallait à tout prix le définir politiquement, Jaurès était un candidat accepté d’emblée par l’ensemble du camp républicain. Il fut donc maire adjoint à l’Instruction publique de la ville de Toulouse de 1890 à 1893. Il présidait par fonction la caisse des écoles et s’occupait également de toutes les questions culturelles et artistiques. Mandat actif, compliqué, dominé par les problèmes matériels et administratifs de l’enseignement supérieur toulousain (construction ou aménagements de locaux, évolution des statuts), et que Jaurès paraît avoir rempli à la satisfaction générale, comme en témoigna sa promotion rapide au rang de deuxième adjoint.

Certes, une rupture se produisit lorsque Jaurès devint député socialiste de Carmaux en janvier 1893. Ses responsabilités devinrent plus larges et le portèrent à traiter des problèmes nationaux et internationaux, en responsable politique de premier plan et en chef socialiste puisqu’il acquit très vite ce statut. Mais jusqu’à la fin de sa vie – qui ne fut pas très longue, on oublie souvent que Jaurès n’avait que 54 ans lorsqu’il fut assassiné – Jaurès resta attaché au monde de l’école et aux questions d’éducation. Il est ainsi significatif que lui qui n’écrivit jamais beaucoup dans les revues[12] choisit pourtant de se charger en 1905 d’une tribune supplémentaire pour s’adresser directement et régulièrement à ce public particulier de l’enseignement primaire qu’il cherchait déjà à atteindre par le biais de La Dépêche. Cet échange fut assuré par un éditorial de quinzaine dans la Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieur. Le moment n’était sans doute pas dû au hasard, encore qu’il fut aussi fruit des circonstances[13].

1905, ce fut bien sûr l’apogée de la campagne laïque du Bloc des gauches qui aboutit à la loi de séparation des Églises et de l’État. Jaurès fut un des promoteurs de cette campagne et un des « pères » de cette loi, avant comme après son adoption définitive en décembre 1905. Il eut donc maintes fois l’occasion de préciser ses vues sur la laïcité. Son point de vue ne fut pas absolument immuable. Après une phase de combats, soucieux d’accommodements, soucieux aussi d’éviter le piège de la politique vaticane, qui joua ouvertement en faveur de la confrontation et poussait à la répression, il chercha la solution dans un maximum de liberté qui devait se fonder sur l’égalité des droits. Sa réflexion se précisa et prit de l’ampleur. C’est sans doute alors qu’il fut le plus grand, le plus directement lié aussi à nos débats actuels sur la laïcité et son évolution. L’important discours de janvier 1910, un classique appelé communément Pour la laïque, montre le point d’aboutissement de la réflexion jaurésienne. Il est bien sûr intégralement reproduit ici, remarquablement présenté par Catherine Moulin comme les autres articles. S’agissant de l’École et des débats sur les droits respectifs des familles et ceux de l’État, qui mettaient aux prises pour l’essentiel catholiques et radicaux, Jaurès déplaçait les perspectives et faisait bouger les lignes en se réclamant du droit de l’enfant. Il reprenait à son compte la formule de Proudhon : « l’enfant a le droit d’être éclairé par tous les rayons qui viennent de tous les côtés de l’horizon, et la fonction de l’État, c’est d’empêcher l’interception d’une partie de ses rayons ». L’État désormais devenait simplement garant de cette liberté, sous le contrôle attendu de l’ensemble des citoyens.

Mais auparavant, 1905 marqua aussi le début du syndicalisme enseignant. Pour Jaurès, tout se tenait. Professeur, journaliste et élu républicain, il avait défendu les libertés républicaines des enseignants. Cela n’allait pas de soi. Le devoir d’obéissance s’imposait aux fonctionnaires. C’est ce que pensaient les conservateurs, par tradition pourrait-on dire. Mais c’est ce que pensaient aussi de nombreux républicains. Jaurès lui-même avait jadis constaté avec un peu de fatalisme dans La Revue socialiste que « la sincérité électorale, l’impartialité administrative, l’indépendance républicaine des fonctionnaires » ne seraient pas mieux assurées avec une victoire de la gauche : « les radicaux abuseraient du pouvoir, et les socialistes aussi en abuseraient tant qu’ils seraient du moins dans la période de combat, tant qu’ils n’auraient pas, en réalisant leur programme, mis eux-mêmes un obstacle à leurs propres abus »[14] . La seule solution durable et sûre ne pouvait être que le renforcement de la force des citoyens face à celle du pouvoir, ce qui signifiait lutter contre « l’ignorance, la misère, l’incertitude de la vie ». Que les fonctionnaires fussent les agents du pouvoir, c’était malgré tout l’habitude et la sanction de la force des choses : « il n’y a pas, au monde, une seule force disponible qui demeure sans emploi ». Dans ces conditions, le syndicalisme des fonctionnaires au début du nouveau siècle apparut comme une innovation choquante, quasi intolérable, non seulement à droite, mais aussi à gauche. Des « amicales » étaient autorisées et il existait une Fédération des amicales d’instituteurs très représentative. Le syndicalisme ne pouvait l’être, surtout s’il signifiait rencontre et alliance avec le syndicalisme ouvrier[15]. L’entrée dans les Bourses du travail, l’appartenance à la CGT syndicaliste-révolutionnaire, c’étaient bien les deux points qui « ne passaient pas ».

En 1905, année de la première émergence du syndicalisme enseignant, avec plusieurs militants comme Émile Glay, Louis Roussel ou Marius Nègre[16], la gauche, somme toute, était au pouvoir. Certes, le Bloc des gauches avait achevé son existence. Avec le départ de Combes de la présidence du Conseil, tout devenait plus complexe. Mais le clivage droite/gauche existait toujours et, d’une certaine façon, se renforçait même. Marcel Gauchet[17] a pu relever qu’il s’imposa sur le terrain du vocabulaire électoral et dans les dénominations de candidature et les professions de foi lors des élections législatives de 1906. Les élections se firent sur un clair affrontement entre la gauche et la droite, et ce fut la gauche qui l’emporta, de même qu’à la présidence de la République Armand Fallières avait été élu contre Paul Doumer en rassemblant les gauches derrière lui. Le programme gouvernemental, les principes invoqués comme la politique annoncée, ainsi que les équipes ministérielles formées en 1906 (Sarrien-Clemenceau et encore davantage avec le gouvernement Clemenceau lui-même) étaient nettement marqués à gauche. Or, cette gauche était une gauche d’ordre[18] qui se refusait, entre autres, à accepter franchement le syndicalisme des fonctionnaires, et surtout sa rencontre avec la Confédération Générale du Travail, dont le programme et la pratique révolutionnaires étaient jugés « illicites ». Un des premiers animateurs du syndicalisme enseignant, Marius Nègre, fut révoqué en 1907 par le gouvernement Clemenceau dont le ministre de l’Instruction publique était Aristide Briand, socialiste certes non « unifié », mais compagnon de Jaurès jusqu’en 1905 et lui-même ancien propagandiste de la grève générale. Jaurès put lui lancer un « Pas ça, ou pas vous » qui fit florès et fut souvent repris, dans toutes sortes de circonstances et de polémiques ultérieures, mais qui ne fit pas fléchir le gouvernement[19]. La conception de l’État chez Clemenceau était claire : « Aucun gouvernement n’acceptera jamais que les agents des services publics soient assimilés aux ouvriers. Un contrat les lie à la nation. Leur place n’est pas à la Bourse du travail, ni à la Confédération Générale du Travail ».

Le point de vue de Jaurès, des socialistes et des instituteurs syndicalistes, était alors si nettement minoritaire, même au sein de la gauche, que les sanctions contre Nègre et ses amis parvinrent à affaiblir considérablement, voire à démanteler les premiers essais de syndicalisme dans la fonction publique, d’ailleurs souvent déchirés par des affrontements internes au syndicalisme, liés souvent en outre aux débats plus généraux entre socialistes et libertaires. Au sein de la CGT, la Fédération syndicale des fonctionnaires constituée en décembre 1909 par Charles Laurent, connut elle aussi chez les cheminots ou à la poste bien des conflits, qui se soldèrent par des révocations, des arrestations et des procès pour plusieurs milliers de fonctionnaires et d’employés de l’État. Les gouvernements républicains étaient le plus souvent décidés, comme le revendiqua par exemple Joseph Caillaux en 1911, à « gouverner »[20]. Le syndicalisme enseignant conserva souvent la protection de surface du cadre amicaliste, alors que la Fédération des syndicats était dissoute en août 1913, ainsi que de nombreux syndicats départementaux. Ce ne fut véritablement qu’après la Première Guerre mondiale que le syndicalisme enseignant put se réorganiser, et que sa rencontre avec les autres forces syndicales du monde du travail, fut à peu près admise par les pouvoirs publics. En la matière, Jaurès et ses amis avaient été vraiment des « pionniers levés avant l’aube » selon la formule qu’il avait lui-même employée pour les premiers syndicalistes ouvriers...

Jaurès, notre collègue, peut donc intervenir sur des problèmes encore d’actualité : sens général de l’enseignement, pédagogie, rapports avec les élèves, les parents, laïcité, syndicalisme et libertés professionnelles et personnelles. Le monde a changé, et il ne s’agit pas bien sûr de « garder les cendres », mais de faire vivre « la flamme » du foyer et de la pensée jaurésienne, en réfléchissant et en débattant. Il me semble tout de même que ce n’est pas une attitude trop pieuse de conclure avec Jaurès sur la nécessité de chercher « de nouveaux horizons derrière la barre un peu ensablée ». L’école, comme il le disait à propos de la « démocratie », expression qu’il faut d’ailleurs prendre au sens large, dans une phrase qu’aime à rappeler Jean-Pierre Rioux[21], « n’est pas fatiguée de mouvement, elle est fatiguée d’immobilité », laquelle immobilité peut d’ailleurs se cacher derrière l’apparent tourbillon de mesures bureaucratiques aussi inefficaces que vainement péremptoires. Madeleine Rebérioux (1920-2005), qui fut elle aussi une enseignante et une militante, qui aimait à dire que « nos vies sont collectives » et qui envisageait l’existence comme un long, fraternel et vigoureux débat pour éclairer les consciences et apporter un peu plus de lumière à l’humanité l’entendait bien ainsi et voulait avec Jaurès « marcher et chanter et délirer même sous les cieux, respirer les larges souffles et cueillir les fleurs du hasard »[22].

 
Gilles Candar


[1] Cf. Madeleine Rebérioux, « Le dossier universitaire de Jaurès à Toulouse », Jean Jaurès, bulletin de la Société d’études jaurésiennes, n° 8, janvier-mars 1963. Le traitement mensuel de Jaurès passait ainsi d’environ 300 francs par mois à 380. Cela restait assez peu élevé, comparable par exemple au traitement d’un capitaine, mais d’un autre ordre évidemment que les 100 francs de l’instituteur débutant.

[2] Cf. Antoine Prost, Histoire de l’enseignement en France, Paris, Armand Colin, 1968, p. 230 et sq.

[3] Cf. Michel Launay, « Jaurès, la Sorbonne et l’Affaire Dreyfus », Jean Jaurès, bulletin de la Société d’études jaurésiennes, n° 26, juillet-septembre 1967.

[4] Jòrdi Blanc chez Vent Terral editor, à Valence d’Albigeois, dans le Tarn (81 340). Ce volume paru en 2005 doit être suivi de quatre autres et former un ensemble d’« œuvres philosophiques ».

[5] Cf. Les Années de jeunesse, tome 1 des Œuvres de Jean Jaurès, édition établie par Madeleine Rebérioux, à paraître chez Fayard en 2006.

[6] Cf. Jean-François Chanet, L’École républicaine et les petites patries, Paris, Aubier, 1996.

[7] Jean Jaurès, « La réforme du baccalauréat », La Dépêche [de Toulouse], 7 août 1890.

[8] Ce point avait particulièrement retenu l’attention de l’historien et militant du syndicalisme révolutionnaire Maurice Dommanget. Voir notamment le chapitre « Jean Jaurès » de son livre Les Grands socialistes et l’éducation, Armand Colin, 1970, collection « U ».

[9] C’est l’objet de son premier discours à la Chambre des députés, le 21 octobre 1886, texte important et assez peu connu, reproduit dans ce volume.

[10] Cf. Rémy Pech, « Jean Jaurès orateur occitan » et Ulrike Brummert, « Jaurès entre Paris et Toulouse », Jean Jaurès, bulletin de la Société d’études jaurésiennes, n° 94, juillet-septembre 1984, et surtout Ulrike Brummert, L’Universel et le Particulier dans la pensée de Jean Jaurès, thèse de la Faculté des lettres de Toulouse, 1987. Voir notamment dans le présent volume son article « Méthode comparée » de la Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieur, 15 octobre 1911.

[11] Jean Jaurès, « L’éducation populaire et les patois », La Dépêche [de Toulouse], 15 août 1911.

[12] Cf. Christophe Prochasson, « Jaurès et les revues » dans Madeleine Rebérioux et Gilles Candar (dir.), Jaurès et les intellectuels, Éditions de l’Atelier, 1994.

[13] Jaurès se substituait à Hervé, dans le cadre d’un remaniement général de la revue, ce qui ne dut pas arranger les relations entre les deux agrégés socialistes, si dissemblables par ailleurs. Cf. Gilles Heuré, Gustave Hervé, itinéraire d’un provocateur, La Découverte, « L’espace de l’histoire », 1997.

[14] Jean Jaurès, « Collectivisme et Radicalisme », La Revue socialiste, mars 1895.

[15] Cf. Jeanne Siwek-Pouydesseau, Le Syndicalisme des fonctionnaires jusqu’à la guerre froide, 1848-1948, Presses universitaires de Lille, 1989 et Jacques Girault, Instituteurs, professeurs, une culture syndicale dans la société française (fin XIXe-XXe siècles), Publications de la Sorbonne, 1996.

[16] Le premier syndicat d’instituteurs apparut dans le Var en mai 1904. Après plusieurs réunions et manifestes, la Fédération nationale des syndicats d’instituteurs et d’institutrices de la France et des colonies se constitua en juillet 1905, déposa ses statuts en février 1906 et tint son premier congrès en avril suivant. La publication en novembre 1905 dans L’Humanité et la Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieur du manifeste syndicaliste suscita un vif et retentissant débat national.

[17] Marcel Gauchet, « La droite et la gauche », in Pierre Nora (sous la direction de), Les Lieux de mémoire, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 1992, rééd. coll. « Quarto », 1997.

[18] Je propose cette dénomination dans « Bloc des gauches et gouvernements radicaux, 1902-1914 » , in Jean-Jacques Becker et Gilles Candar (sous la direction de), Histoire des gauches en France, 2 vol., La Découverte, 2004, « L’espace de l’histoire ».

[19] Marius Nègre (1870-1952), secrétaire désormais permanent de la FNSI fut contesté pour son engagement socialiste. Il quitta la direction du syndicat et fut réintégré dans l’enseignement par le gouvernement Monis (avril 1911).

[20] Cf. Georges Lefranc, Le Mouvement syndical sous la IIIe République, Payot, 1967. Avec d’importantes nuances néanmoins : Monis en 1911 réintègre instituteurs ou cheminots, Barthou est en 1913 un président du Conseil « de combat ». Mais les mesures « d’ordre » peuvent avoir été prises par des modérés de centre droit ou des hommes classés « à gauche », comme Clemenceau ou Briand.

[21] Cf. Jean-Pierre Rioux, Jean Jaurès, Paris, Perrin, 2005, p. 287.

[22] « Collectivisme et Radicalisme », La Revue socialiste, mars 1895.